Jeudi 18 se tenait à Soulac la réunion consacrée aux hypothèses de tracé du gazoduc.
A côté des membres de la commission particulière du débat public (CPDP) se trouvaient ce soir là les représentants de la société TIGF ; société responsable du tracé, de la construction, de
la sécurité et de l’entretien du gazoduc.
Une fois encore, le sujet paraissait avoir été traité à la légère…
Des dossiers qui se font attendre
Les documents n’avaient été remis à la commission du débat public qu’une heure avant la réunion. Certaines personnes de la salle se sont donc légitimement indignées sur la question de savoir dans
quelle mesure le débat pouvait avoir lieu. Comment débattre objectivement d’un document dont on vient de prendre connaissance ? Une nouvelle demande a donc été faite à la CPDP afin que cette
dernière propose les documents quelques jours avant les réunions de débat public pour que chacun puisse se forger un avis.
Pourquoi dans le débat public organisé pour le projet de Dunkerque, la commission nationale du débat public a rendu un avis le 25 juillet dernier demandant, sinon qu’un débat public soit organisé
pour le projet de canalisation de Gaz Hauts de France II subordonné au projet de terminal, à tout le moins que le maître d’ouvrage organise une concertation publique ?
Pourquoi tant de différences entre ces débats publics sur les trois projets méthaniers d’Antifer, de Dunkerque et du Verdon pourtant reliés par la commission nationale du débat public ?
Des lieux de réunion changeants
Le lieu, initialement prévu pour la tenue de la réunion, était la salle F. Miterrand de Lesparre. Cette localisation permettait aux populations proches du tracé du gazoduc de se tenir informées
(notamment les viticulteurs et sylviculteurs qui vont être particulièrement concernés)
Mais, une fois encore, les membres de la CPDP ont déplacé le débat sur la commune de Soulac au prétexte de ne pas vouloir réitérer la regrettable expérience de Royan... De nombreux participants
se sont émus de ces changements de lieux incessants et ont de plus indiqué que l’information sur ces changements était peu voire mal relayée. Comment prétendre que le débat public sera ouvert à
tous si l’on ne peut même pas s’y rendre – faute de savoir où il se passe ?
Un dossier bien léger
C’est 1 heure avant la réunion que la CPDP a pris connaissance de la synthèse préparée par TIGF. Après une interminable présentation de la société en elle-même, les hypothèses de tracés du
gazoduc nous ont enfin été présentées.
L’ensemble des tracés était présenté sur un document tenant plus du plan que de la carte : très peu de villes étaient mentionnées… Non seulement le document propose 4 fuseaux différents,
mais en plus ces fuseaux brillent par leur imprécision : ce sont des fuseaux larges de 5 km qui ont été présentés sans que l’on ne connaisse précisément les villages traversés.
A partir d’un tel document, les insuffisances du débat public sont de nouveau manifestes : on ne nous donne aucune idée précise des lieux traversés. Les citoyens concernés ne peuvent donc
pas s’informer.
On peut s’interroger sur la manière dont TIGF procède à l’évaluation du coût de construction avancé entre 300 et 400 millions d’euros. Chaque tracé présente des contraintes différentes (tunnels,
couvertures du gazoduc par des plaques de bétons…) qui toutes devraient logiquement avoir une incidence sur le coût. On ne peut décemment pas taxer cette entreprise d’amateurisme alors pourquoi
tant d’imprécisions ?
Et la station d’odorisation ?
Au chapitre des « oublis malencontreux », la société TIGF aurait ajouté la station d’odorisation si une personne de la salle ne l’avait pas mentionnée. TIGF a l’obligation d’odoriser le gaz
transporté pour que toute fuite puisse être repérée. Par mesure de sécurité, le gaz est habituellement odorisé en sortie de terminal méthanier pour permettre de détecter une fuite sur le réseau.
Où se situera donc cette station d’odorisation ? Les représentants de TIGF n’ont pas la réponse à cette question. Elle est cependant essentielle puisque l’odorisation nécessite l’ajout, donc
le stockage d’un produit hautement toxique : le THT. Comment ce produit sera-t-il transporté ? Par camion (sur la RD1215…) si l’on en croit le représentant de TIGF. Les représentants de
TIGF ont également admis que l’odeur du THT est pestilentielle et que toutes les mesures doivent être prises pour protéger les ouvriers qui travaillent avec ce produit…Pas d’odeur le GNL,
certes ! Mais réchauffé…si !
Une énorme canalisation
La canalisation prévue par TIGF mesurerait entre 1,10 mètres et 1,20 mètres de diamètre. Pour information, l’artère de Guyenne (sensée recueillir le gaz en provenance du site) ne fait pour sa
part que 90 cm…Quant à la canalisation prévue à Dunkerque (sur un projet de capacité sensiblement équivalente), elle ne fait que 90 cm.
Mais pourquoi prévoir une canalisation si grosse ? Selon TIGF, c’est pour éviter la construction d’une station de compression sur le parcours du gazoduc…Mais attention, car comme l’a reconnu
un responsable de TIGF, un tel diamètre permettrait le transport d’énormément plus de gaz si on le couplait à une station de compression. En cas d’agrandissement du site du Verdon sur Mer, la
canalisation pourrait donc facilement gérer le gaz supplémentaire. Il n’est pas inutile de rappeler ici ce qu’on pouvait lire dans le bulletin du PAB n°47 de septembre 2006 sur l’extension
possible du site: « De fait, la capacité initiale de l’installation prévue est de 6 milliards de m³/an mais 4gas annonce que les extensions futures pourraient la porter jusqu’à 18
milliards de m³/an ». C’est ici le scénario d’une extension du port méthanier (ENDESA), d’un « FOS-SUR-GIRONDE » qui est rendu possible.
« On ne savait pas !»
Certains nous accuseront de diaboliser cette société. Mais peut-on réellement lui faire confiance ? Leurs études sont très imprécises. Ils oublient de mentionner la station d’odorisation.
Mais il y a plus grave.
Ils prétendent méconnaître le projet d’ENDESA (projet de réalisation d’un second port méthanier sur le site du Verdon en cas de réalisation par 4gas).
Peut-on croire une seule seconde que la société TIGF, dont le métier est la pose de gazoduc et qui se propose d’engager 300 à 400 millions d’euros d’investissements, n’est pas été tenue informée
d’un tel projet ?
L’importance du diamètre de la canalisation suffit à répondre à cette question : toutes les installations sont prévues pour accueillir davantage encore de méthane et de méthaniers.
Quel marché ? Baisse des tarifs ?
TIGF prétend ensuite que son objectif est la baisse du prix du gaz. Cette question a été traitée à Bordeaux. Les différents acteurs présents ont reconnu qu’il n’y aurait certainement pas de
baisse vu que le prix du gaz est indexé sur celui du pétrole. Nos amis landais proches du site de Lacq avaient-ils des factures de gaz allégées ? Non.
De toute façon, le gaz ne sera pas forcément destiné à la consommation française. Rappelons-nous ce que 4gas notait dans son dossier (p.19) : « Un terminal au Verdon permettrait
aussi la desserte des marchés espagnols (gazoducs Euskadour et artère de Guyenne) et italien ».
Doit-on accepter de côtoyer les dangers d’un gazoduc pour alimenter les marchés européens ?
Face à cette critique, M. Henk Jonkman, Directeur de 4Gas-France, changeait de discours et affirmait, le 18 octobre : « Nous avons toujours dit que le gaz était uniquement destiné
au marché français ». Qui croire ?
Par ailleurs, 4gas affirme que le terminal pourra augmenter la desserte en gaz de l’Aquitaine et ainsi faire baisser le coût pour le consommateur…Or, à en croire TIGF, le gazoduc qu’ils
projettent de construire ne peut en aucun cas servir à la consommation régionale…Qui croire ?
Information des propriétaires
Nous nous sommes bien rendus compte au cours de la soirée que TIGF sait manier les mots et les idées pour éviter de prêter le flanc à la critique.
A propos du tracé, TIGF parle plus aisément des 10 mètres de servitudes une fois l’ouvrage réalisé que des 25 à 30 mètres de « piste de travail » réservée aux engins de chantier.
Sans nouveau rappel de la part de la salle, TIGF aurait aussi « oublié » de nous parler des nombreux accidents qui arrivent sur les gazoducs. Rappelons une fois encore le drame belge de
juillet 2004 ayant entraîné la mort de 18 personnes et 133 blessés. Ce n’est pas le seul accident, ni même le plus important, mais il nous montre à quel point des installations récentes, proches
de chez nous, peuvent être meurtrières.
Enfin TIGF a beau jeu de prétendre que la construction du gazoduc sera précédée d’un débat public du fait de l’importance de l’ouvrage. Mais, si le port méthanier se construit, il aura
nécessairement besoin d’un gazoduc. Quelle sera la valeur d’un débat public sur la construction du gazoduc alors même que cet ouvrage sera alors nécessaire ?
Venez nombreux
Alors n’attendez pas pour vous mobiliser. C’est maintenant qu’il faut rejeter clairement le terminal méthanier et son gazoduc. Ecrivez au débat public. Manifestez votre rejet.
Soutenez-nous en adhérant à l’association. Et venez nombreux aux prochaines réunions du débat public.
Prochaine réunion : « Quelles nuisances pour les habitants ? Quelle prévention des risques ? »
Lundi 22 octobre
Soulac,
(19h, Palais des Congrès)
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