Lundi 10 décembre 2007
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18:56
Mon cher Père Noël,
Ca fait longtemps que je ne t’avais pas écrit, tu sais ce que c’est, le boulot, la course après le temps, les factures . . . la vie quoi ; et puis les années passent et l’on oublie ;
pourtant cette année j’ai vraiment besoin de toi.
L’autre midi je prenais l’apéro à la terrasse d’un bar de Port Médoc avec mon vieil ami Lulu que j’ai rebaptisé « modération » depuis la loi Evin. On regardait les bateaux (près de 500)
se dandiner mollement sous l’effet d’une brise légère ; derrière la Chambrette était déserte et les coques des voiliers du cercle nautique attendaient patiemment des jours meilleurs.
D’un coup je ne sais quelle mouche piqua « modération », mais il me lance :
« Tu crois qu’ils vont nous la faire l’usine à gaz ? » J’en avalais ma cacahuète de travers
« Mais non ils ne vont pas la faire, je ne veux pas qu’il la fasse et je ne suis pas le seul on est des milliers à pas la vouloir : des jeunes, des vieux, des Charentais, des
Médocains, des français, des étrangers, des actifs et des touristes ; pour te dire même des politiques en veulent pas à droite comme à gauche : des députés, des conseillers généraux,
régionaux, des maires.
Tu sais mon ami, ce que je voudrais ? Je voudrais que les Bordelais qui ont eu l’idée géniale de vouloir nous imposer ça par la force en nous prenant pour des indiens incultes
comprennent qu’à 100 kms des vitrines de la Chambre de Commerce et des bureaux du Port Autonome on a le droit de pouvoir disposer de notre avenir.
On veut bien de l’industrie pour que nos jeunes puissent vire et travailler au pays ; qu’ils puissent aller à la tonne ou à la plage après le boulot, mais pas avec du Seveso II. Le tourisme
ne peut pas suffire ? Alors ayons de l’imagination, filière nautique, développement durable et plein d’autres choses compatibles avec cet estuaire.
Tu te rends compte Lulu c’est le dernier d’Europe à être protégé. L’autre jour m’est revenu une phrase de Saint Exupéry qui disait, à quelque chose près :
« On n’hérite pas de la terre de nos parents, on emprunte celle de nos enfants » eh bien tu vois au moment du dernier soupir j’aimerais y repenser à ça et
partir en paix.
Les arrières grands parents des Hollandais de 4gas sont peut être venus en Médoc et on les en remercie encore du côté de Valeyrac ou de Jau Dignac Loirac pour le travail qu’ils ont fait pour
nous ; leur descendance est bien moins glorieuse, elle revient avec des milliards américains pour défigurer la région, que eux, ont découverts il y a un an et qu’ils nous rendront en ruine
dans 50 ans.
« Il a un drôle de goût mon pastis d’un coup me dit « modération »
« Oui il sent le gaz »
« Bon, mais qu’est ce qu’on fait ? me lance Lulu visiblement requinqué »
« Qu’est ce qu’on fait ? Mais on se bat mon ami jusqu’au bout, jusqu’à ce que raison revienne. D’autres se sont battus avant nous pour nous transmettre ça et je veux le donner en mieux
à mes enfants.
En dernier recours, j’irais à Lourdes s’il le faut et si ça ne marche pas il nous restera Lisieux pour pleurer comme disait Coluche, mais rassure toi nous n’en sommes pas là, au contraire. »
« En tout cas je te suis, me dit mon ami en se levant, peut être qu’on croit au Père Noël, mais il faut essayer ».
Le Père Noël pourquoi pas, ça fait si longtemps …
Jean Marie ANDREUX
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